Caper 04
Dix ans de luttes sans relâche
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Le 12 février, le Comité amiante prévenir
et réparer (Caper) fêtait ses dix ans
à Château-Arnoux. L’occasion de faire le point
sur les avancées de cette décennie
et de visiter l’exposition retraçant ce combat.
Georges, qui a travaillé des années durant « aux fours à carbure à Saint-Auban », a tenu à être présent « par solidarité, pour ceux qui ne sont plus là et pour que les jeunes puissent partir plus tôt ».
Jean-Marc, secrétaire du Chsct d’Arkema, s’est déplacé « pour les générations futures, pour que le drame ne se reproduise plus ». Ils étaient nombreux, le 12 février, à être venus souffler les 10 bougies du Caper 04.
Sur la scène du théâtre Durance, on retrouvait Georges Arnadeau, représentant l’Andeva, Jean-Paul Teissonnière, avocat qui, depuis le début, fut de tous les combats, Jean-Pierre Bonnet et Josiane Aillaud, les fidèles bénévoles du Caper, Gérard Benoit, son trésorier, Francine Obelisco, secrétaire bénévole également, et René Villard, président pugnace et dévoué.
Une minute de silence en hommage aux 45 personnes décédées de maladies liées à l’amiante a été observée avant que les participants ne brossent les grandes étapes de cette aventure humaine et juridique unique. Une décennie de batailles administratives et juridiques, menées sans relâche au nom des intérêts des victimes de l’amiante.
Ce fut ainsi l’occasion de prendre conscience du chemin parcouru : il y a dix ans, la question de l’indemnisation n’était pas réglée, la faute inexcusable de l’employeur rarement reconnue, les plaques pleurales mal diagnostiquées et les cancers souvent imputés au tabagisme afin d’exonérer les employeurs de leur responsabilité. « La première bataille a été de faire accéder à la visibilité la maladie de l’amiante, notamment auprès des médias », s’est souvenu Me Teissonnière.
Condamnée 90 fois…
En dix ans, plus de 90 dossiers sont passés devant le tribunal des affaires de sécurité sociale (Tass) des Alpes-de-Haute-Provence. « Chaque fois, nos avocats ont fait valoir le droit des victimes et fait condamner l’employeur pour faute inexcusable », a martelé René.
Mais le combat est encore loin d’être gagné : s’il est aujourd’hui établi que l’employeur a manqué à tous ses devoirs en matière d’information et de sécurité de ses salariés, si le site de Saint-Auban a bien été reconnu dans le décret 99 247, la direction de l’usine continue à faire appel des décisions du Tass sur certains dossiers alors qu’elle a été condamnée à 90 reprises…
La question des sous-traitants
Parmi les batailles qui restent à mener figure la question des sous-traitants, dont les salariés ne peuvent toujours pas prétendre au départ anticipé comme ceux de l’usine de Saint-Auban (60 d’entre eux vont en bénéficier).
Par ailleurs, le Caper œuvre avec ses avocats afin que les salariés qui partiront dans le cadre du départ anticipé amiante avec 65 % du salaire brut des douze derniers mois* puissent récupérer les 35 % manquants via les prud’hommes.
Enfin, le Caper a intenté un procès à la direction d’Arkema. Le dossier a été transmis au pôle de santé publique de Marseille. « Il faut que les pollueurs deviennent les payeurs », explique René.
Me Teissonnière a reconnu lui aussi que, si le bilan était positif en matière de reconnaissance et d’indemnisation des victimes, il restait négatif sur le plan pénal. « Il n’y a toujours pas eu de grand procès de l’amiante en France, a regretté l’avocat. Or, cette question est essentielle. Si le coût des sanctions est supporté par la collectivité et non par les employeurs fautifs, cette impunité pourrait les amener à négliger d’investir dans des équipements de sécurité. »
Tout au long de la soirée, des témoignages vidéo ont été diffusés sur grand écran. Dans la salle, le public, mâchoires serrées et regard embué, a écouté les récits poignants de deux filles de victimes, qui ont chacune accompagné leur père tout au long de la maladie, et crient aujourd’hui leur colère.
On n’oubliera pas non plus le témoignage bouleversant de dignité de Bernard, ce cheminot malade de l’amiante, qui a raconté, entre révolte et incrédulité, comment sa vie avait basculé.
Au terme de la soirée, René Villard s’est vu décerner la médaille de citoyen d’honneur de la ville par Patrick Martellini, maire de Château-Arnoux, décoration qu’il a spontanément dédiée à Antoine Borsotto, son collègue et ami disparu, à toutes les victimes et aux membres du bureau, tandis que de son côté Me Teissonnière recevait avec émotion le diplôme de la ville.
« Je ne l’accepte que parce qu’il faut le partager avec d’autres », a-t-il glissé. Ce tandem, qui a accompagné, soutenu les malades de l’amiante et leur famille et lutté avec eux, a suscité de longs applaudissements de gratitude…
[03.05.10]
Françoise Essayan-Donadio
* Décret du 29 mars 1999.