La santé publique cède le pas à la gestion à court terme
La maternité d’Aix-les-Bains (Savoie) menacée de fermeture
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L’annonce de la fermeture, prévue en septembre 2010, de la maternité du centre hospitalier d’Aix-les-Bains en Savoie a stupéfié les usagers, professionnels de santé et élus locaux qui avait, au contraire, retrouvé l’espoir de voir confortée l’activité de l’établissement public suite à la désaffection d’une clinique privée.
En septembre 2009, la générale de santé propriétaire de deux cliniques à Chambéry et Aix les Bains en Savoie a décidé de regrouper à partir de septembre 2010 les seules activités en traumatologie, orthopédie et chirurgie du rachis sur la seule clinique Herbert à Aix-les-Bains. Le directeur de l’agence régionale de l’hospitalisation (Arh), Jean-Louis Bonnet, avait alors indiqué que "cette décision impliquant un transfert des autres activités changeait la donne du projet commun en cours d’élaboration entre les centres hospitaliers publics de Chambéry et Aix-les-Bains". On évoquait notamment la possibilité de réactiver les blocs opératoires d’Aix-les-Bains par le développement de la chirurgie ambulatoire, ce qui, notait Dominique Dord député maire de la cité thermale, aurait l’avantage de réduire le coût de ces installations essentiellement supporté jusque là par la maternité.
Une maternité active avec environ 650 accouchements par an dont il faut cependant se rappeler qu’elle avait été menacée de disparition en 2001 suite à la décision de l’Arh d’arrêter la chirurgie viscérale alors que cette activité continuait à la clinique Herbert. Un accord avait alors été passé avec les praticiens du privé pour qu’ils assurent les urgences pouvant intervenir à la maternité.
La sécurité invoquée
Comme l’avenir de celle-ci n’avait même pas été évoquée par l’Arh en septembre dernier, l’espoir renaissait à Aix de voir revenir la chirurgie viscérale abandonnée par le privé pour en pérenniser l’activité. C’est l’inverse qui s’est produit avec l’annonce le 7 avril dernier du transfert des accouchements sur le CH de Chambéry. Décision argumentée par le fait que la sécurisation chirurgicale du site aixois ne pouvait être assurée par les chirurgiens chambériens déjà soumis à des astreintes importantes qui auraient en plus été pénalisées par un temps de trajet de 30 minutes minimum jugé inconcevable en cas d’urgence vitale.
En fait la fermeture du privé n’a rien changé dans le projet médical commun des hôpitaux de Chambéry et Aix qui prévoit pour ce dernier, outre la chirurgie ambulatoire, un renforcement des urgences médicales par l’installation d’un scanner et un accroissement des capacités de soins de suite et de rééducation. Le tout devant "permettre le maintien global de l’emploi entre les deux sites" affirme Guy-Pierre Martin, le directeur du Ch de Chambéry.
Il n’est pire sourd ...
"Contrairement à ce qu’avait indiqué l’ancien directeur de l’ARH, la donne n’a donc pas changée », constate Hélène Boucher, représentante des usagers au conseil d’administration de l’hôpital aixois, qui espère bien faire bouger la situation avec la mobilisation de la population autour d’un comité de défense. Plusieurs manifestations ont été organisées et une pétition a recueilli près de 10000 signatures dont celles de nombreux médecins généralistes qui, insistent sur le fait, rapporte Justine Louis dans l’hebdomadaire L’Essor savoyard, que « nous subissons, ainsi que la population aixoise, un bouleversement de l’offre locale de soins pour lequel nous aurions aimé être consultés ».
Cette situation illustre, une nouvelle fois, le fossé entre ceux qui ont théoriquement le pouvoir d’organiser la santé en France, comme l’Arh devenue aujourd’hui agence régionale de santé (Ars), et ceux qui vivent, en tant que professionnels ou usagers, les réalités de l’accès aux soins sur le terrain.
Les premiers semblent obnubilés par le souci de gérer, au mieux, ce qu’on ne saurait leur reprocher, les deniers publics pour organiser les structures médicales en tenant compte d’une spécialisation accrue des interventions médicales avec des technologies en constante évolution.
Les seconds, et parmi eux des médecins et pas des moindres, disent qu’on ne doit pas oublier toute la part des interventions qui ne relèvent pas forcément des techniques les plus avancées. Pour eux,dans le cas de l’hôpital d’Aix-les-Bains, son plateau chirurgical actuel, est tout à fait apte à répondre en matière de chirurgie viscérale aux besoins de la population locale dont l’augmentation du fait de l’activité thermale et du tourisme estival est loin d’être négligeable.
Il convient aussi de prendre en considération le fait que la maternité de Chambéry n’a pas beaucoup de marge de manœuvre pour accueillir 650 accouchements supplémentaires et que l’ensemble des services du centre hospitalier va être soumis à un fonctionnement mouvementé en raison des travaux de construction du nouvel hôpital à proximité immédiate de l’actuel. Dès lors pourquoi ne pas envisager de mettre, dans le cadre du projet commun des deux établissements, une partie de la chirurgie viscérale à Aix, avec l’avantage de ne pas surcharger la maternité de Chambéry ?
Des études incomplètes
Mais "pourquoi donc, souligne Hélène Boucher, a-t-il fallu attendre que ce soit le député maire Dominique Dord qui intervienne pour activer cette éventualité ? » Ce à quoi le directeur du Ch de Chambéry, répond que « la possibilité de rouvrir un service de chirurgie viscérale à Aix doit être étudiée en elle même et pas uniquement comme une réponse à la sécurisation de la maternité ».
Les défenseurs de l’hôpital aixois ne sont pas opposés à cela mais ils notent que la dite hypothèse n’arrive que sur la pression du politique et qu’elle na pas été évoquée dans les offres faites aux chirurgiens de la Générale de Santé pour se redéployer éventuellement sur l’hôpital public suite à l’arrêt de leur activité. Et lorsqu’on entend Alain Montagne, le directeur du Ch d’Aix-les-Bains dire que « la possibilité de délocaliser un service de Chambéry sur Aix est peu envisageable », on peut s’interroger sur la volonté de ces responsables de mener une telle étude.
Elle n’avait d’ailleurs même pas été envisagée en septembre dernier lors d’une première présentation de la réorganisation de la nouvelle offre de santé publique à mettre en place pour pallier l’arrêt du privé. Un handicap certain lorsqu’on sait que la décision « doit être prise courant mai, précise Anne Boucharlat représentante de l’Ars en Savoie, pour que tout soit opérationnel en septembre ». Une décision qui sera rendue par le directeur de l’Ars au vu des projets présentés par les Ch d’Aix et Chambéry sans en avoir discuté avec toutes les parties prenantes, professionnels, élus et usagers compris.
A moins que, par leur action, ces derniers ne parviennent à convaincre ces autorités à revoir leur copie sous un angle qui tiennent davantage compte, à côté des exigences financières, des conditions d’accès aux soins des malades.
[06.05.10]
Romain Hugon