Tout savoir sur le savon
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S’il est un produit qu’on utilise sans y penser, et plusieurs fois par jour, c’est bien le savon. Comment le fabrique-t-on ? Est-il naturel ? Bon ou mauvais pour la peau ? Et pour l’environnement ? Autant de questions auxquelles nous essayons de répondre.
Savons d’Alep ou de Marseille : des mythes en cubes
A Alep, en Syrie, on fabrique du savon depuis trois mille ans à partir d’un mélange de soude végétale (issue de cendres de plantes) et d’huiles d’olive et de laurier. C’est de là qu’est venue la recette du savon de Marseille, le savon français par excellence, un cube de 600 grammes, portant gravé dans sa chair la teneur en corps gras et le nom de la savonnerie. Le savon de Marseille brut est fabriqué à partir de soude dérivée de l’eau de mer et d’huiles végétales, et ne contient ni colorant, ni additif, ni parfum. La recette traditionnelle comporte 72 % d’huile d’olive. Depuis le xixe siècle, l’huile d’olive a été remplacée par de l’huile de coprah ou de l’huile de palme. Aujourd’hui, la mention « huile végétale » est la plupart du temps employée pour désigner l’huile de palme. La dénomination « savon de Marseille » n’est pas une appellation d’origine contrôlée, elle correspond à une méthode de fabrication validée par l’Association française des industries de la détergence, de l’entretien et des produits d’hygiène industrielle (Afise). Le produit doit contenir au minimum 63 % de graisses, exclure certaines huiles ainsi que les détergents de synthèse, et le recours aux additifs est limité. Des savons très divers peuvent donc bénéficier de l’appellation « savon de Marseille ». Ainsi, cette jolie boîte en carton vert olive emballant des « savons de Marseille », « à l’huile d’olive », « huiles 100 % végétales », « 72 % extra-pur ». Tous les éléments du savon à l’ancienne sont apparemment là. Si l’on regarde la liste des ingrédients, on comprend vite que ce savon, certes végétal, est fabriqué avec de l’huile de palme (l’huile d’olive n’arrive qu’en quatrième position dans la liste des ingrédients), et qu’il contient des parfums et des anticalcaires.
Savon et calcaire ne font pas bon ménage
L’efficacité du savon est réduite par les sels minéraux contenus dans l’eau, comme le calcium et le magnésium. Les sels et le savon réagissent pour former un dépôt calcaire sur la peau, laissant des traces blanches sur les vêtements. Les détergents de synthèse comportent des agents anticalcaire. Edta et acide étidronique sont les plus fréquents. S’ils ne sont pas nocifs aux doses présentes dans les savons, ce sont des produits toxiques qui contribuent à la pollution des rivières et dessèchent la peau.
Peaux sensibles s’abstenir ?
La peau produit de façon continue un film composé d’eau et de corps gras (la sueur et le sébum) qui la protège de la poussière, des microbes, du froid. Se laver, c’est détruire cette couche protectrice, qui mettra plusieurs heures à se reformer. Dans l’intervalle, on ressent des tiraillements, à moins de s’enduire d’un produit hydratant. Les gels douche et les savons synthétiques comportent des additifs qui procurent la sensation d’être graissé sans apporter de véritable hydratation.
Le savon tue-t-il les microbes ?
La récente menace de pandémie grippale a relancé la question : faut-il se laver les mains au savon ou utiliser une solution alcoolique ? Le savon n’a pas, contrairement à l’alcool, de propriétés antibactériennes. Il favorise l’hygiène des mains car il permet l’élimination des bactéries et des virus grâce au frottement. On ne tue pas les microbes en se lavant les mains au savon, mais on les jette avec l’eau du bain. Rappelons que les solutions antibactériennes ne sont actives contre les virus que par la friction. Elles facilitent néanmoins le lavage des mains quand on n’a pas d’eau à proximité.
Savon simple ou savon multifonctions ?
En utilisant un savon ou un shampooing qui lave, hydrate, parfume et soigne tout à la fois, on ne sait plus bien à quelle mousse on est lavé. Mieux vaut donc dissocier : utiliser un savon naturel pour se laver, de l’eau douce pour se rincer, une crème hydratante ensuite, et un parfum pour finir.
[01.08.10]
Pascale Pisani
Gels douche : gare aux allergies
A base de produits tensioactifs de synthèse dérivés du pétrole (comme le laureth sulfate de sodium), les gels douche sont plus agressifs que le savon, peuvent provoquer des allergies et sont nocifs pour l’environnement, car on leur adjoint de nombreux additifs : colorants, conservateurs, parfums, agents moussants, surgraissants, hydratants, anticalcaire… Les pains dermatologiques ou les savons sans savon sont aussi des
détergents de synthèse, mais comportent le moins d’éléments allergisants possible.
Savon surgras : plus riche en huiles
La fabrication du savon génère de la glycérine, un produit qui ménage la couche protectrice de la peau. Si les producteurs de savon n’extraient pas la glycérine (qu’ils commercialisent par ailleurs),
le savon est naturellement assez gras. Un savon surgras
est enrichi en huiles végétales qui en limitent l’effet desséchant.
Le pH, késaco ?
Les pubs pour les savons font souvent référence au pH, pourquoi ? Le pH mesure l’acidité. Alors que la peau est relativement acide (autour de 6,5), le savon
est basique, son pH varie autour de 9. Il perturbe donc l’équilibre de l’épiderme. Mais, après le savonnage, les glandes sébacées reprennent une activité
normale en quelques minutes et le pH de la peau est rétabli. Les savons synthétiques ont un pH plus proche de celui de la peau que le savon naturel.