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Le président de
la République l’avait annoncé clairement : les assurés sociaux devront mettre
la main à la poche. Sans débat collectif,
le gouvernement écorne chaque jour un peu plus les valeurs de solidarité de notre système de protection sociale. Le projet de loi « Hôpital, patients, santé et territoires » accentue
ce mouvement.
C’était le 18 septembre 2007, à l’occasion du quarantième anniversaire de l’Association des journalistes de l’information sociale (Ajis) : le président de la République avait fait le déplacement jusqu’au Sénat afin d’y exposer ses projets pour la protection sociale.
Noyé dans un discours mêlant incitation à la rigueur budgétaire, appel à la responsabilisation, dénonciation des « fraudeurs » et des « excès de quelques-uns », le programme tenait en peu de mots : restreindre le taux de prise en charge des malades au nom d’un « juste équilibre entre la responsabilité individuelle et la solidarité collective ». En clair : mettre, une fois de plus, les assurés sociaux à contribution.
Sans débat collectif ni grand bouleversement apparent, ce programme se met en place petit à petit. Le budget de la Sécurité sociale pour 2008 a entériné les nouvelles franchises sur les médicaments, sur les actes paramédicaux et les transports sanitaires.
Une première dans l’histoire de la Sécu : les malades doivent payer pour les malades, quand le principe fondateur de notre protection sociale est la solidarité entre tous.
Une privatisation rampante
Le projet de loi « Hôpital, patients, santé et territoires », actuellement en débat à l’Assemblée nationale, en remet une louche en étatisant un peu plus l’institution. Ce qui a longtemps fait la force de la Sécu, c’est le partage des responsabilités entre partenaires sociaux et Etat.
De grandes avancées sont nées de l’osmose entre le mouvement social et l’administration chargée de mettre en œuvre les choix politiques des premiers. La loi casse cette dynamique.
Elle concentre les pouvoirs entre les mains de quelques « superpréfets » à la santé, nommés en Conseil des ministres et qui iront chercher leur feuille de route à Bercy, au ministère des Comptes publics.
Ce processus se double d’une privatisation rampante. Bien sûr, il n’y a pas de phénomène massif de privatisation, mais le gouvernement ouvre des espaces de développement au privé. C’est particulièrement clair dans le secteur hospitalier, et l’assurance-maladie n’est pas, elle non plus, à l’abri.
Une première pierre est déjà posée : le financement du fonds Cmu (couverture maladie universelle) est d’ores et déjà entièrement à la charge des seules assurances complémentaires.
‹2/03/2009
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Didier Berneau
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Il est 9 heures ce lundi matin. Dans le grand hall de la caisse d’assurance-maladie principale de Nancy, une dizaine d’assurés, dossier sous le bras et carte Vitale à la main,
se pressent devant la borne centrale pour obtenir un numéro
de passage au guichet.
« C’est le niveau 1 de l’accueil.
Il concerne des demandes de renseignements, des dépôts
ou des retraits de documents. Il représente 80 % de notre activité », explique Marie-Françoise Bondier, manager et responsable des accueils du département. Objectif de rendement pour les agents : trois minutes au maximum par personne.
A l’entrée, Corinne, conseillère Ameli, tente de désengorger
la zone d’attente en orientant les gens vers l’espace libre-service. Bornes automatiques et ordinateurs sont à leur disposition.
« La fréquentation du libre-service a augmenté de 9 % en 2008 », se félicite Mme Bondier.
Corinne conseille, aide et présente
les avantages du service Ameli, ce dispositif par Internet
qui permet de gérer son compte à distance. Une mère
de famille, venue avec son petit dernier en poussette,
préfère attendre et « parler à quelqu’un », lâche-t-elle.
« Des situations de détresse quasi quotidiennes »
En ce mois de janvier, le nombre de personnes reçues par jour
a atteint des records, avec 600 assurés au lieu des 450 habituels en moyenne. Avec le maintien des droits à la Sécurité
sociale passant de quatre à un an, les franchises médicales,
les accueils Cpam ne risquent pas de désemplir.
Au fond
du hall, derrière les comptoirs d’accueil, plusieurs personnes attendent d’être reçues dans des box numérotés, réservés aux rendez-vous et aux dossiers nécessitant plus de confidentialité.
« C’est ce que nous appelons les accueils de niveaux 2 et 3 », précise la responsable. Y sont traités les dossiers de Cmu, l’ouverture des droits « et le cas des nombreuses personnes
en arrêt de travail et dont les employeurs ne maintiennent plus
le salaire. Il faut traiter ces dossiers en urgence », poursuit
Marie-Françoise Bondier.
Chacun sera reçu durant une trentaine
de minutes au maximum, et l’attente est plutôt relative.
Les assurés vont et viennent dans un silence quasi religieux.
Il est déjà presque midi, et ce calme apparent est brisé net
par les cris d’une femme, accrochée au guichet. En larmes,
elle explique qu’elle n’a plus de ressources et qu’elle
va se suicider. Immédiatement, un conseiller l’emmène
dans un bureau à part. Un correspondant social est appelé
à la rescousse.
« Ces situations de détresse sont devenues
quasi quotidiennes. Les gens se déplacent plus qu’avant,
pour être certains de se faire comprendre et, surtout,
pour avoir une solution immédiate », confie une conseillère.
‹2/03/2009
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Céline Lutz