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Dossier Santé

Médecines douces : savoir se soigner autrement

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Plus d’un tiers d’entre nous ont régulièrement recours aux médecines alternatives pour se soigner. Nous sommes 27 % à plébisciter l’homéopathie, 24 % l’ostéopathie…
Les plus convaincues sont surtout des femmes, plutôt jeunes, citadines, diplômées et appartenant à des milieux aisés. «  Mais beaucoup d’employés se tournent aussi vers les médecines douces  », affirme Marie-Claude Chamboredon, sociologue à Nice.
Le Dr Maryse Kit, homéopathe en Seine-Saint-Denis, le constate  : «  J’ai des patients dans tous les milieux sociaux, il n’y a pas que des bobos.  » Tous ont à peu près la même exigence  : être acteurs de leur santé.

Les raisons d’un succès

Car, si les médecines douces recouvrent des pratiques très diverses, allant de l’acupuncture au yoga en passant par la phytothérapie, elles ont en commun de considérer que corps et psychisme ne font qu’un, de s’intéresser au patient dans sa globalité et d’accorder du temps à l’écoute.
Une démarche trop rare dans la médecine conventionnelle, laquelle se concentre principalement sur l’organe malade et qui, en devenant très performante, est devenue très techniciste.

«  La science a une vision très morcelée de l’être humain. Elle découpe le patient en tranches et ne voit plus l’ensemble. Mais les gens se perçoivent comme une personne, pas comme des morceaux  », souligne Thierry Janssen*, psychothérapeute à Bruxelles.
«  Ce que j’ai apprécié quand j’ai fait des séances de shiatsu pour mes migraines, confirme Jérôme, quarante-trois ans, c’est que le thérapeute s’est vraiment intéressé à moi, pas seulement à mon symptôme.  »

Sans rejeter la médecine conventionnelle, les adeptes des médecines douces expriment aussi une perte de confiance  : effets secondaires des médicaments, surmédicalisation, scandales sanitaires…
Les raisons de chercher des alternatives sont nombreuses. A lui seul, l’excès de prescriptions pousserait 39 % des Français à se soigner autrement. «  L’attrait pour les médecines douces n’est pas un phénomène de mode, estime Marie-Claude Chamboredon. Cette évolution s’inscrit dans un contexte global de rejet de la société de consommation, de remise en cause des produits chimiques, d’apparition de problèmes de santé liés à la pollution, de demande de prévention, d’information, et de participation des patients face au pouvoir médical… Je pense que cela va durer.  »


Le débat sur l’efficacité des médecines alternatives reste vif

Mais si ces méthodes séduisent les patients, les pouvoirs publics restent sourds à cette tendance. Et même lorsqu’elles sont reconnues, les médecines alternatives sont mal, voire pas remboursées par la Sécurité sociale. Motif  ? Elles n’auraient pas fait la preuve scientifique de leur efficacité. «  Les patients ne sont pas fous, déclare Thierry Janssen. S’ils sont prêts à payer, c’est qu’ils s’y retrouvent et que ça marche.  »
Ils sont d’ailleurs demandeurs. Selon les cancérologues, 60 % de leurs patients auraient recours aux médecines complémentaires pour les aider à supporter une chimiothérapie ou améliorer leur qualité de vie.
Effet placebo, rétorquent les détracteurs. «  Si le placebo est soignant, alors il faut l’enseigner et le prendre en compte dans la manière de guérir  », propose le Pr Antoine Lazarus, directeur du département de médecines alternatives à la faculté de médecine de Bobigny, où la première formation universitaire aux médecines traditionnelles a été créée en 1984.

Des médecins ont, en effet, choisi de s’y intéresser. «  Au début de ma carrière, quand je me suis rendu compte que je ne voyais mes patients guère plus de dix minutes à mon cabinet et que je passais mon temps à renouveler des ordonnances, j’ai voulu faire autre chose  », raconte le Dr Marie-Laure Trémeau, acupunctrice en banlieue parisienne depuis plus de vingt ans et à l’origine d’une consultation d’acupuncture à la maternité des Diaconnesses à Paris.

Le retard français A l’initiative de quelques chefs de service, certaines pratiques comme l’acupuncture, l’auriculothérapie ou encore l’hypnose ont aussi réussi à intégrer les centres antidouleur de l’hôpital, notamment pour la prise en charge des patients atteints de maladies chroniques et de cancers. _ «  Aujourd’hui, environ 150 hôpitaux font de l’acupuncture en soins de support. C’est la discipline qui passe le mieux auprès des pouvoirs publics pour établir un pont avec la médecine classique. Mais, bien souvent, les séances n’ont lieu qu’une après-midi par semaine  », regrette le Pr Lazarus.

«  La France est en retard. En Belgique, en Allemagne, au Royaume-Uni, il y a plus d’ouverture, note Thierry Janssen. Aux Etats-Unis, plus de 80 facultés de médecine ont mis en place des formations aux approches complémentaires et alternatives. En partenariat avec la médecine conventionnelle, des centres de médecine dite “ intégrative ” se sont ouverts dans lesquels les patients peuvent consulter aussi bien un homéopathe qu’un ostéopathe ou un généraliste. L’idée est de réunir autour du malade le meilleur des différentes approches.  »
Le Pr Lazarus milite aussi en ce sens  : «  Les médecines alternatives sont un excellent complément à la médecine conventionnelle. Les Chinois l’ont bien compris, ils disent  : “ On veut garder notre médecine traditionnelle, mais on veut aussi votre scanner ”.  »
L’inverse sera-t-il possible chez nous  ?

5/05/2009

< Brigitte Bègue

* Auteur de La maladie a-t-elle un sens  ? Fayard, 22 euros.

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