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Dossier Société

Economie sociale, leur premier capital c’est l’homme

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Comment faire autrement  ? C’est la question que se pose une nouvelle génération d’entrepreneurs face à la crise.

La crise a mis en lumière la responsabilité du capitalisme financier dans le désastre économique et social. Si la planète va dans le mur, ce n’est pas à cause de l’afflux de travailleurs immigrés faisant pression sur le marché de l’emploi.
Si la dette publique est si importante, ce n’est pas la faute des millions de profiteurs qui abusent des minima sociaux ou des allocations familiales.

Ce sont bien la spéculation sans limites, l’avidité des actionnaires et de certains dirigeants d’entreprise qui ont précipité la débâcle. Du Medef (syndicat patronal) – qui, lors de ces dernières universités d’été, partait «  à la recherche des temps nouveaux   » à grand renfort de conférences sur la responsabilité sociale, éthique et environnementale des entreprises – jusqu’aux plus hautes sphères du pouvoir – «  le marché ne peut pas tout régler  », déclarait Nicolas Sarkozy dans un discours appelant à une intervention de l’Etat pour aider les banques en faillite –, l’heure est au profil bas pour les grands de ce monde.

Si ce mea culpa collectif risque d’être oublié dès que les affaires reprendront, si certaines entreprises utilisent les notions de responsabilité sociale ou environnementale comme simple stratégie de communication (voir encadré), cette crise oblige cependant à une réflexion profonde.
Faire autrement  ? C’est la question que se pose une nouvelle génération d’entrepreneurs qui aspirent à redonner un rôle social à leurs entreprises. Sans remettre en cause le marché, ils veulent en limiter les abus. Ils réinventent les principes de l’économie sociale.
Ces entreprises sont des sociétés, des coopératives ou des mutuelles. Certaines ont des milliers de salariés, comme le groupe Chèque déjeuner ou Essilor (deux coopératives), ou la mutuelle Macif.

Et si le Bib remplaçait le Pib  ?

Elles partagent une même idée   : mettre la performance économique au service d’un projet social. Dans cette conception, la richesse d’une entreprise n’est pas seulement constituée par sa valeur financière, sa cotation en Bourse, mais aussi par les services rendus, les relations sociales dans l’entreprise, ses modes de gouvernance, ses financements éthiques. Aujourd’hui, des labels reconnaissent ces entreprises socialement responsables.
Cette autre façon de comptabiliser la richesse ne pourrait-elle pas être adoptée par la société tout entière  ? Utopie  ? Peut-être pas. Depuis que le très officiel rapport Stiglitz appelle les Etats à mesurer non plus seulement leur produit intérieur brut, mais aussi leur bien-être intérieur brut…

1er/12/2009

< Anne-Marie Thomazeau

Quand Total et Disney font dans l’éthique

Pour beaucoup d’entreprises, la notion de responsabilité sociale n’a rien de philanthropique. Elle est apparue aux Etats-Unis à la fin du xxe  siècle. Des entreprises comme Nike ou Coca-Cola avaient alors recours à des sous-traitants qui faisaient travailler leur personnel – souvent des enfants – dans des conditions inacceptables. Des associations appelèrent au boycott de ces groupes. Leurs ventes et le cours de leurs actions se mirent à chuter. Miraculeusement, ces marques découvrirent les vertus de l’éthique. Aujourd’hui aussi, en France, beaucoup d’entreprises intègrent l’engagement social et environnemental dans leur stratégie de communication. C’est souvent l’arbre qui cache la forêt. Ainsi, la Fondation Agir contre l’exclusion (Face) – un réseau de 3 500 entreprises qui déclarent s’impliquer dans la responsabilité sociale – compte parmi ses membres La Poste, Total ou Disney, dont l’actualité récente peut faire douter de la sincérité de la démarche. La création de labels indépendants pour évaluer la performance globale des entreprises devrait permettre de faire le point des beaux discours et des actes.

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