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Une grève de la faim à l’hôpital de Lisieux pour améliorer les conditions de travail et les soins

Mise en ligne : 27 février 2009

Avec un budget de 75 millions d’euros et un déficit cumulé de 8 millions d’euros sur autant d’années, le centre hospitalier de Lisieux a rendu effectif, en octobre 2008, la suppression de 52 postes (équivalents temps plein) dans le cadre d’un plan de retour à l’équilibre budgétaire d’ici 2011. Pour améliorer les conditions de travail et la qualité des soins, le personnel a du recourir à une grève de la faim.



Comme cela est devenu fréquent dans le domaine de la santé, c’est une histoire de gros sous. « Le centre hospitalier de Lisieux est un hôpital recours qui dessert une population de 150 000 habitants et possède à ce titre un service de réanimation décrit Alain le Renard, délégué CGT. Il y a environ 600 lits dont 300 en EHPAD, établissement d’hébergement pour personnes âgées dépendantes et près de 1200 salariés ».

Mais l’établissement construit en 1971 qui enregistre 22 000 entrées par an (et 450 décès) a besoin d’être modernisé. Il faut 70 millions d’euros pour mener à bien le chantier. L’Etat en propose moins de la moitié. Pour pouvoir emprunter, la direction de l’hôpital supprime 7 postes d’infirmières, 35 d’aides-soignants et une dizaine de postes d’agents des services hospitaliers, « des ASH utilisés comme aides-soignants mais payés en dessous du SMIG », détaille la CGT. Des départs à la retraite qui ne seront pas remplacés. Conséquence : il manque une personne dans chaque service le matin et l’après-midi.

Un comble pour cet hôpital construit en hauteur et tenu de ce fait d’avoir une équipe de sécurité permanente de cinq personnes (en tout 25 salariés) mais doit tailler dans ses équipes de soins. « Avec 25 lits et plus selon les moments, le service de neurologie fonctionne avec une équipe minimum de deux infirmières et deux aides soignantes dont une est ASH » confie Alain le Renard pour qui « cette camisole économique engendre une forme de maltraitance institutionnelle ».

Les entrées ont augmenté, pas le budget

Sur la fin de l’année 2008 et au début 2009, l’hôpital a connu une hausse des entrées de 25 % « souvent des personnes âgées fragilisées ». Des lits ont été ouverts « de façon sauvage » dans des services qui sont passés de 25 à 3O lits. « Des malades ont attendu des heures sur des brancards dans les couloirs des urgences, des personnes âgées ont été accueillies dans des services d’obstétrique, le CHCST a déposé des fiches d’alerte quasi quotidiennes » relatent les soignants.

Les soignants n’ont plus le sentiment de pouvoir soigner correctement leurs patients. « Assez !!! » clame l’intersyndicale réunissant la CGT, l’Unsa et Sud qui se constitue le 2 février et lance un préavis de grève. Mais pas de nouvelles du directeur. Ce silence convainc deux salariés de Sud d’entamer une grève de la faim « pour faire bouger les choses ». Lundi 23 février, les responsables du centre hospitalier Robert-Bisson sont reçus par l’Agence régionale d’hospitalisation à Caen, ce qui met un terme à cette action.

« Un premier pas a été fait pour le règlement des heures supplémentaires, des 1200 journées de RTT non prises et la mise en stage (période d’observation préalable à la titularisation et donc à l’embauche définitive) de 160 personne employées sous forme contractuelles dans un délai de deux à trois ans détaille Alain le Renard. Il est aussi question de l’embauche de 13 aides soignants et agents en Ehpad, nous en espérons 20 »

En un an, l’hôpital de Lisieux a enregistré 2000 journées de plus d’hospitalisation soit 6% d’activité supplémentaire. Etrangement, le manque de financement demeure à hauteur d’1,5 millions d’euros car « le budget ne tient pas compte de l’activité réelle de l’hôpital car il est attribué en début d’année, de façon fermée et basé sur des projections » précise Alain le Renard.

Fin mars, l’agence régionale d’hospitalisation (ARH) doit refaire un point avec les syndicats sur les conséquences du plan de retour à l’équilibre, les conditions de travail et d’emploi en général. Les salariés de Lisieux manifesteront le 5 mars à Paris contre la loi Bachelot.

« La réforme nous conduit à travailler comme dans une usine de petit pois » ironise Alain le Renard qui rappelle qu’un tiers des revenus qui devaient servir à financier les hôpitaux se trouvent dans les paradis fiscaux. « L’ensemble de nos collègues vivent très mal cette situation d’un point de vue physique et psychique. »

Marianne Rolot

P.S.
- Blog de l’intersyndicale : http://chlisieuxenlutte.tumblr.com/



Quelques chiffres
Une pétition à l’intention des malades hospitalisés et de leurs visiteurs pour la sauvegarde de tous les services a recueilli 2000 signatures en trois semaines. Aucun soignants, cadres compris, n’a voté pour le coup de hache qu’à donné le directeur dans les effectifs soignants.